« Un petit pas pour Élodie, un bond de géant pour Hugo Perret ». C’est par ces mots que l’antenne locale de Font’FM a ouvert son journal du matin le lendemain de l’exploit. Un évènement qui ne s’était pas reproduit depuis deux mille ans quand un homme marchait pour la première fois sur les eaux du lac de Tibériade. 

En quelques secondes, sur les ondes, l’info fit le tour de la planète et de San Francisco à Pékin, le monde apprit au même instant qu’une classe entière du lycée des Fontenelles s’était déplacée, sans autre moyen que ses propres pieds, sur la surface liquide d’un plan d’eau.

Quand pointèrent, aux premières heures, les premiers rayons du soleil, personne en 3ème EA n’imaginait qu’il entamait une journée teintée de bravoure et de prouesse. Maël s’étonnait de devoir chausser des croquenots de cuir épais, Sara ne voulait pas abandonner ses baskets immaculées et le sac qu’elle porte en toutes circonstances en bandoulière.

Les élèves avaient rendez-vous au pied de la chapelle qui surplombe le village pour s’aventurer dans les bois. Hugo Delvallez ouvrait le sentier. Un tel énergumène rendu à mère nature rebrousse aussitôt chemin sur la voie de l’évolution… jusqu’au singe primitif qu’il imita à la perfection une bonne partie de la randonnée. Dans cet exercice, il secouait les arbres non pour faire tomber des bananes, mais pour arroser ses camarades des gouttelettes de pluie tombées la veille, jeu qui l’amusa longtemps au grand dam de Lilou et Florine.

Passée une clairière, un cri strident retentit: « Hi ! Hi ! Hi ! ». Des fourmis géantes s’engouffraient soudain dans le sac de Sara pour y collecter, l’une un fragment de rouge à lèvre, l’autre une pointe de mascara. La belle produisait à la fois une série de sauts verticaux vrillés et d’épouvantables hurlements  pour stopper l’offensive.

Les fourmis chassées, le calme revenu, au haut d’une combe jurassienne, Kyrian fut le premier à apercevoir l’étang du Moulin et plus loin les ruines du dit-moulin.

Au détour du chemin, Hadjar et Tyron posèrent le pied sur un pont de bois qui s’avançait bravement sur un lac végétal. Un tapis humide de matière organique décomposée s’étendait là à perte de vue: la tourbière.

Quand il fut averti qu’il était possible de marcher sur l’eau, Nolan engagea prudemment tout son corps hors la sécurité du pont, tata le terrain et s’établit avec délicatesse sur la surface spongieuse. « C’est comme un trampoline, s’écria-t-il, ça mouille mais ça rebondit ! » Assuré de ne pas tomber à pic, Hugo Perret allongea ses grandes échasses pour le bond de géant qu’évoquerait la presse le jour suivant. Élodie, bien moins pourvue et téméraire, ne progresserait qu’en poussant de quelques centimètres son pied droit en avant de son pied gauche.

La balade prit une tournure surréaliste dans les petites nuées de brume qui s’échappent de l’humus odorant. Antoine Toth, persuadé de traverser dans le réel un paysage de Game of Thrones s’attendait derrière chaque arbre à trouver un adversaire à sa mesure. Il n’en fut rien. Les hordes barbares ont quitté depuis fort longtemps les forêts fontenelloises d’épicéas.

De retour sur le plancher des vaches, Loris tapait au sol ses chaussures crottées pour en dégager tout le superflu de boue aqueuse.

Pour Sara, une fois au moins dans sa vie de collégienne, la vue rassurante du nid douillet que ne représentait pas encore la veille pour elle l’établissement, la mettait en joie au delà de toute modération. L’aventure avait un happy end.

En avant dans la tourbe !
Les héros du Game of Thrones fontenellois
"Ouah ! Du calcaire ! "

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travail tourbières